Neuf trottinettes électriques sur dix viennent de Chine
Neuf trottinettes électriques sur dix qui circulent dans les rues européennes ont été fabriquées en Chine. Le chiffre n'a rien d'une estimation approximative : le pays concentre l'assemblage, la fabrication des moteurs-roues, les contrôleurs et la majeure partie des cellules de batterie lithium du secteur. Segway-Ninebot, basé à Pékin avec des usines à Changzhou, est le premier fabricant mondial et produit aussi une bonne partie des trottinettes vendues sous la marque Xiaomi. La Chine obtient 2,11 dans l'indice de démocratie de l'Economist Intelligence Unit (EIU), l'un des scores les plus bas au monde. Même les marques qui se présentent comme suisses, allemandes, coréennes ou israéliennes fabriquent majoritairement dans le delta de la rivière des Perles ou dans le Jiangsu. Trouver une trottinette d'origine entièrement démocratique est, en 2026, presque impossible. Il existe pourtant des exceptions partielles qui permettent de réduire sensiblement la dépendance, et les connaître permet d'acheter à la fois plus sûr et plus cohérent.
La clé consiste à décomposer le produit. Une trottinette électrique comporte quatre éléments à forte valeur : la batterie, le moteur, le contrôleur électronique et le châssis avec l'assemblage final. La batterie représente 30 à 40 % du coût et c'est aussi le composant le plus risqué en matière de sécurité. La Corée du Sud (7,75), le Japon (8,48) et Taïwan (8,78) fabriquent certaines des meilleures cellules lithium du monde, et choisir une trottinette équipée de cellules LG, Samsung SDI ou Panasonic modifie sensiblement son profil démocratique, même si l'assemblage reste chinois. C'est la première exception à connaître, et elle se vérifie souvent en quelques clics dans la fiche technique.
Pourquoi l'origine démocratique compte pour les trottinettes électriques
La trottinette électrique est un produit de mobilité connecté, souvent piloté depuis une application, qui contient des matières premières critiques. Chacun de ces traits a une dimension politique. Les applications des grands fabricants chinois traitent les données de localisation et les habitudes de déplacement de millions d'utilisateurs européens, et la loi chinoise sur le renseignement national de 2017 oblige les entreprises à coopérer avec les services de renseignement de l'État lorsqu'elles y sont invitées. L'heure à laquelle vous partez le matin, l'adresse de votre travail et celle de votre domicile sont des informations protégées en démocratie par le droit des données personnelles et des juges indépendants, ce qui n'est pas le cas en Chine. Les cellules lithium, elles, dépendent de chaînes de graphite, de cobalt et de lithium raffiné dont la Chine contrôle entre 60 et 90 % de la transformation mondiale, avec un historique documenté d'utilisation de cette position comme levier de pression commerciale, notamment par des restrictions à l'exportation de graphite.
S'y ajoute la question sociale. Les usines de composants électroniques et de batteries en Chine fonctionnent sans syndicats indépendants, et plusieurs travaux universitaires ont documenté des transferts de travailleurs ouïghours vers des sites industriels d'autres provinces, y compris dans des chaînes d'approvisionnement de batteries et d'aluminium. Pour le consommateur européen, la conséquence pratique est qu'une trottinette à 400 euros peut intégrer des composants dont la traçabilité sociale est impossible à vérifier. Democratic Market ne peut pas référencer dans son catalogue une trottinette assemblée en Chine, mais peut orienter l'acheteur vers les modèles et composants qui réduisent cette dépendance pendant que le marché évolue. Cette franchise sur les limites de la catégorie fait partie de notre méthode : un guide qui passerait les lacunes sous silence n'aurait aucune valeur pour un acheteur exigeant.
Meilleures trottinettes électriques à composants d'origine démocratique en 2026
Les véritables exceptions se trouvent sur trois fronts. Le premier est Taïwan, dont le secteur des véhicules électriques légers, bâti sur l'industrie du vélo de Giant et Merida, fabrique cadres, moteurs et systèmes de batterie pour des marques européennes et japonaises. Gogoro, basé à Taipei, a démontré avec ses scooters et son réseau d'échange de batteries qu'un écosystème complet de micromobilité peut se développer dans une démocratie. Pour l'acheteur de trottinette, la stratégie pratique consiste à rechercher les marques qui déclarent un assemblage ou une fabrication de composants à Taïwan, ce qui devient plus fréquent dans le haut de gamme de la mobilité légère. Molicel, fabricant taïwanais de cellules, fournit désormais aussi des cellules haute performance aux constructeurs de véhicules légers.
Le deuxième front, ce sont les cellules coréennes et japonaises. Plusieurs fabricants de milieu et de haut de gamme précisent des cellules LG Chem, Samsung SDI ou Panasonic dans leurs fiches techniques, surtout sur les modèles de plus de 600 euros. Ces cellules offrent une meilleure homogénéité, une dégradation plus lente et un risque d'incendie plus faible que les cellules génériques sans marque. Le troisième front est l'Europe : certaines marques du Royaume-Uni (8,34), d'Allemagne (8,73) et de Suisse (9,32) assurent la conception, l'ingénierie, le contrôle qualité et parfois l'assemblage final sur leur territoire, même si la plupart des composants continuent d'arriver d'Asie. Micro Mobility Systems, l'entreprise suisse qui a popularisé la trottinette urbaine, illustre ce modèle de conception et de gestion de marque dans une démocratie solide. En France (7,99), quelques jeunes marques revendiquent un assemblage hexagonal à partir de composants importés : une démarche à encourager, à condition que l'origine des cellules soit publiée.
Il existe enfin une alternative que beaucoup d'acheteurs négligent : le vélo à assistance électrique fabriqué en Europe. Le Portugal (7,75) est le premier producteur de vélos de l'Union européenne, et les Pays-Bas (9,00) comme l'Allemagne concentrent des fabricants de VAE à assemblage propre. La France a elle aussi relancé une filière, avec des usines d'assemblage de vélos dans le Nord, en Vendée et dans le Grand Est. Pour des trajets urbains de 3 à 10 kilomètres, un VAE compact ou pliant assemblé dans l'UE remplit la même fonction qu'une trottinette, avec plus de stabilité, une meilleure sécurité routière et un profil démocratique bien supérieur. Son prix d'entrée, autour de 1 200 euros, est plus élevé, mais sa durée de vie aussi, et les aides locales à l'achat de VAE ainsi que le forfait mobilités durables peuvent alléger la facture.
Trottinettes électriques à risque démocratique : les marques à éviter
Segway-Ninebot et Xiaomi dominent le marché européen grâce au prix, à la disponibilité et à une qualité technique correcte. Leurs modèles d'entrée de gamme, entre 300 et 500 euros, offrent 20 à 40 kilomètres d'autonomie et un réseau de service après-vente étendu. D'un point de vue démocratique, ce sont pourtant des produits intégralement chinois : conception, composants, assemblage, logiciel et gestion des données relèvent de la juridiction d'un État à parti unique. Il en va de même pour des marques comme Kaabo, VSETT, Navee ou la plupart des marques présentes sur les grandes plateformes en ligne avec des noms anglophones et sans siège vérifiable.
Le risque est encore plus élevé pour les trottinettes à moins de 250 euros sans marque identifiable. C'est là que se concentrent les cellules génériques non certifiées, responsables d'une bonne partie des incendies de batteries de micromobilité enregistrés en Europe ces dernières années. Les sapeurs-pompiers de Paris, la London Fire Brigade et les services de secours de plusieurs grandes villes ont alerté sur la hausse des incendies domestiques causés par des batteries de trottinettes et de vélos électriques de mauvaise qualité, et la RATP a interdit les trottinettes électriques dans les transports en commun franciliens. Dans ce segment, l'absence d'information sur le fabricant des cellules n'est pas seulement un problème démocratique : c'est un problème de sécurité qui peut concerner tout un immeuble.
Comparatif : autonomie, prix et profil démocratique des trottinettes électriques
En termes de performances, une trottinette de milieu de gamme avec un moteur de 350 à 500 watts, une batterie de 10 à 15 Ah et des pneus de 10 pouces offre entre 30 et 50 kilomètres d'autonomie réelle et coûte entre 500 et 800 euros. Les modèles haut de gamme, à double moteur et suspensions, dépassent les 1 000 euros, mais en France la vitesse des engins de déplacement personnel motorisés est limitée à 25 km/h, ce qui réduit fortement l'intérêt de cette puissance. Les modèles d'entrée de gamme de Xiaomi ou Ninebot, de 250 à 300 watts, suffisent pour des trajets urbains plats jusqu'à 15 kilomètres par jour. Sur les reliefs de Lyon ou de Marseille, on aura besoin de couple plutôt que de vitesse.
Côté profil démocratique, le classement pratique est le suivant. En premier lieu, le VAE assemblé dans l'UE ou à Taïwan. En deuxième lieu, les trottinettes à assemblage ou composants principaux taïwanais et cellules coréennes ou japonaises. En troisième lieu, les trottinettes de marques européennes avec conception, ingénierie et SAV en Europe, assemblage chinois et cellules de marque d'un pays démocratique. En dernier lieu, les trottinettes intégralement chinoises à cellules génériques. Aucune des trois premières catégories n'est parfaite, mais chaque échelon réduit la part du prix qui finit dans l'économie d'un État autoritaire. Choisir une trottinette à 700 euros équipée de cellules LG plutôt qu'un modèle à 450 euros aux cellules génériques déplace ainsi environ 200 à 250 euros de valeur ajoutée vers la Corée du Sud, tout en offrant une batterie plus durable.
Législation européenne et française 2026 sur les trottinettes électriques
Les trottinettes électriques dont la vitesse maximale ne dépasse pas 25 km/h sont exclues du règlement européen 168/2013 sur la réception des véhicules à deux et trois roues : il n'existe donc pas d'homologation européenne unique. La norme technique de référence est l'EN 17128, qui fixe les exigences de sécurité des véhicules légers de transport personnel. Le changement le plus important vient du règlement européen sur les batteries 2023/1542 : les batteries des moyens de transport légers, catégorie qui inclut celles des trottinettes et des vélos électriques, devront disposer d'un passeport numérique à partir de février 2027, avec des informations sur la composition, l'empreinte carbone, l'origine des matières premières et la réparabilité. Le même règlement exige que ces batteries soient amovibles et remplaçables par des professionnels indépendants, et instaure des obligations de diligence raisonnable sur le cobalt, le lithium, le nickel et le graphite naturel, dont l'application a été reportée à 2027.
En France, le Code de la route encadre les engins de déplacement personnel motorisés depuis 2019. L'âge minimum de conduite est passé à 14 ans en 2023, la vitesse est limitée à 25 km/h, la circulation sur les trottoirs est interdite, le transport d'un passager aussi, et l'assurance responsabilité civile est obligatoire. Le port du casque est fortement recommandé et souvent exigé par les opérateurs de location. Avant d'acheter, vérifiez que le modèle respecte l'EN 17128 et qu'il est bridé à 25 km/h, car un engin débridé expose à une amende et à un refus de prise en charge par l'assureur. En cas d'allégation d'origine trompeuse, la DGCCRF est l'autorité compétente.
Comment Democratic Market évalue les trottinettes et la micromobilité
La méthodologie de Democratic Market pour la micromobilité décompose chaque véhicule en cinq éléments : cellules de batterie, pack et système de gestion de batterie, moteur, contrôleur et assemblage final. Chacun est associé à un pays et à son score EIU, pondéré par son poids dans le coût total. Pour entrer au catalogue, l'assemblage final et au moins la moitié de la valeur des composants doivent provenir de pays au-dessus de 6,0. Avec ce critère, presque aucune trottinette électrique actuelle ne se qualifie, et Democratic Market préfère le dire clairement plutôt que d'abaisser son exigence pour remplir une catégorie.
Sont également évalués la juridiction du logiciel et des données, la disponibilité de pièces détachées pendant au moins cinq ans et la transparence sur le fabricant des cellules. Une application qui traite les données de localisation sur des serveurs situés dans l'UE et sous le RGPD obtient une meilleure note qu'une application qui transfère les données vers des juridictions sans garanties. La documentation publique du fabricant des cellules est à la fois un critère de sécurité et de démocratie, et son absence est toujours considérée comme un signal d'alerte. C'est pourquoi Democratic Market recommande aujourd'hui le vélo à assistance électrique européen comme l'option la plus cohérente de la catégorie, tout en suivant de près les fabricants de trottinettes à l'approche du passeport batterie de 2027.
Guide d'achat : comment choisir une trottinette électrique plus démocratique
La première étape consiste à chercher le fabricant des cellules dans la fiche technique. S'il est indiqué LG, Samsung SDI, Panasonic ou Molicel, la batterie provient d'une démocratie et offre généralement une meilleure qualité. Si la fiche se contente de « batterie lithium haute qualité » sans marque, partez du principe qu'il s'agit de cellules génériques chinoises. La deuxième étape est de vérifier le pays d'assemblage sur la plaque du châssis ou dans la déclaration de conformité CE, qui doit identifier le fabricant. La troisième étape est de savoir où sont traitées les données de l'application et si la trottinette fonctionne sans elle, ce qui limite l'exposition de vos données de mobilité.
Ensuite, ajustez l'achat à votre usage réel. Pour des trajets quotidiens de moins de 8 kilomètres en ville, une trottinette légère de 300 à 350 watts suffit ; ne payez pas pour une puissance que la loi ne vous permet pas d'utiliser. Vérifiez que la batterie est amovible ou au moins remplaçable par un atelier indépendant, car c'est le composant qui se dégrade le plus vite. Rechargez toujours dans un lieu ventilé, jamais la nuit dans une entrée ou une cage d'escalier, et avec le chargeur d'origine. Et si vos trajets dépassent 10 kilomètres ou comportent des côtes, envisagez sérieusement un VAE assemblé en France, au Portugal, aux Pays-Bas ou en Allemagne : le gain démocratique et sécuritaire compense l'écart de prix.
Conclusion : quelle trottinette électrique acheter en 2026
L'honnêteté oblige à le reconnaître : en 2026, il n'existe pas de trottinette électrique grand public dotée d'une chaîne d'approvisionnement entièrement démocratique. 90 % du marché est fabriqué en Chine, et les 10 % restants dépendent largement de composants chinois. Les exceptions sont partielles, mais il faut en profiter : cellules de Corée du Sud, du Japon ou de Taïwan, marques européennes avec ingénierie et SAV en Europe, fabricants taïwanais de mobilité légère. Si vous avez besoin d'une trottinette, choisissez un modèle de milieu de gamme avec des cellules de marque identifiée, conforme à l'EN 17128 et doté d'une batterie remplaçable, et gardez-le de nombreuses années.
Si vous pouvez choisir le véhicule, la recommandation de Democratic Market est un vélo à assistance électrique compact ou pliant assemblé dans l'Union européenne, qui offre davantage de sécurité, un meilleur profil démocratique et une durée de vie plus longue. L'arrivée du passeport numérique de batterie en 2027 rendra visibles pour la première fois l'origine des cellules et des matières premières, ce qui devrait accélérer l'apparition de trottinettes européennes et taïwanaises compétitives. D'ici là, chaque question posée à un fabricant sur l'origine de ses cellules est un signal de marché qui pousse l'industrie vers des chaînes d'approvisionnement plus transparentes et plus démocratiques.

